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  • Photo du rédacteurFlorence et Pierre

Volcano !

6 décembre 2023 Néphyla est encore et toujours au ponton du puerto de San Sebastian de la Gomera aux Canaries.

Une traversée transatlantique dure entre 2 et 4 semaines en voilier, suivant d’où on part et suivant la vitesse du bateau. Si on compte la préparation, cela peut prendre 5 à 6 mois. Pour Florence et moi, nous y pensons depuis trois ans et demi, date de la volonté d’acheter un bateau capable de navigation hauturière. Pour certaines et certains autres qui ont choisi de traverser à la rame depuis La Gomera, cela peut durer de 30jours à 114 j.

No Comment !

Ce que je n’avais pas prévu, dans les éléments d’une transat, c’est de croiser autant de volcans et donc de tomber dans le piège de se poser des milliers de questions sur ce sujet. Le voyage n’est pas plus long mais plus rempli. Florence prend des photos, j’écris, nous lisons, elle dessine, je bricole, on discute avec radio ponton, etc. Les volcans, c’est en plus. A force de me poser des questions, j’ai un peu turbiné et j’ai quelques réponses. Je vais essayer de vous faire profiter de l’émerveillement que nous avons ressenti en observant les îles de l’Atlantique nord en vous donnant aussi quelques notions techniques sur le volcanisme.

Pierrot, les îles volcaniques de l’Atlantique nord, c’est quoi, c’est qui, pourquoi et tout et tout ?

Les îles dont je parle, ce sont celles où nous avons été : Porto Santo et Madère, les Canaries (Graciosa, Lanzarote, Fuerteventura, Gran Canaria, La Gomera et d’autres encore…) et celles où nous irons sur notre transat retour : Les Açores. Les îles sont regroupées en archipel éloignées de 10, 50, 100 ou 200 km les unes des autres. C’est si tant beau que vous ne pouvez pas imaginer ! Les roches à nu, on n’a pas l’habitude. Chez nous, la terre végétale et la végétation couvre le sol, sauf en montagne en haute altitude, en ville et aussi les routes, ça fait un bon paquet. Chaque archipel a la même explication géologique de sa formation, ici le volcanisme de point chaud.

Pierrot, tu nous parles chinois, là, volcanisme de point chaud, c’est quoi ce truc ?

On a tous entendu parler des plaques tectoniques et de la dérive des continents mais on a un peu oublié. En gros, le centre de la terre est si chaud que en dessous, tout est liquide ou presque. Les continents sont en fait des plaques en surface, (refroidies, ouf !) qui bougent les unes par rapport aux autres,

un peu comme si elles flottaient sur le magma. Des fois, elles se montent un peu dessus et créent des montagnes (Alpes, pyrénées, Himalaya, Andes, etc.) ou elles s’éloignent et créent des failles (en général au fond des océans). Souvent, il y a des volcans en marge des plaques et des continents, aussi sur les failles de l’océan. Il y a des groupes d’îles qui n’obéissent pas à la règle des bords de continents, alors les scientifiques ont imaginé une théorie pour expliquer l’existence de certaines formations, c’est le volcanisme de point chaud. Tout se passe comme si à certains endroits, le dessous de la croute terrestre était un peu plus chaud qu’ailleurs, plus liquide, plus léger et donc remontait, perçait la croute et formait un volcan. Comme c’est souvent sous l’eau, on ne le voit pas. Mais quelques fois, la production de lave est tellement importante que ça arrive au dessus du niveau de la mer et crée une île. Ca ne se passe pas très vite, il faut quelques millions d’années (MA) quand même.

Ok Pierrot, un volcan, ça fait une île, pas un archipel.

C’est vrai. Un point chaud, ça ne bouge pas (pas beaucoup, pas toujours), par contre les plaques tectoniques, oui. Là où il y a un point chaud, ça perce et forme un volcan qui monte et forme une île. Et puis la plaque bouge de 100 ou 200km et quelques millions d’années plus tard, un autre trou, un autre volcan et une autre île et voilà. En se déplaçant au dessus du point chaud des Canaries, la partie de la plaque africaine qui est sous l’eau a été percée de plein de petites bosses (Lars il y a 68 millions d’années 68MA, Anika 55MA, Dacia 47MA, Salvagens 30MA, Lanzarote et Fuerteventura 24MA, Gran Canaria 15MA, Tenerife 12MA, Gomera 9MA, La Palma 2MA, El Hierro 1MA). Lars, Anika et Dacia sont sous-marins, nous les voyons sur notre carte marine comme des « hauts fonds ». Nous ne nous sommes pas arrêtés aux Salvagens mais nous avons pu apprécier toutes les îles suivantes. Idem pour la formation de l’archipel de Madère et celui des Açores. Au passage, Hawaï, Tahïti et Réunion même chose.

Bon Pierrot, maintenant on a des îles volcaniques, ça boume, ça fume, ça coule de la lave chaude et ensuite ?

Un volcan, c’est souvent un cône. L’image la plus belle, la plus impressionnante, la plus grande aussi, c’est le Teide à Ténérife. En plus il est toujours actif, la dernière éruption date de 1909. Il y a aussi La Palma, mais c’est une île que l’on pas visité vu que le volcan a craché du feu en 2021, on laisse refroidir. LOL. Donc on a un cône fait de lave qui coule. La roche est dure, vraiment dure. Mais lors d’une éruption beaucoup de cendres sont projetées en l’air et retombent, il y a des fumeroles, des blocs qui partent en l’air et retombent quand ça explose et plein de choses pas cool du tout au moment d’une éruption. Ca peut durer plusieurs années de suite comme à Timanfaya sur l’île de Lanzarote entre 1730 et 1736. On a visité le parc national, c’était de toute beauté, lunaire, que dis-je martien ! Alors pour décrire une île volcanique, on pourrait la comparer à un mille-feuilles constitué d’une couche de lave, une couche de débris divers, une couche de lave, etc. à force d’ajouter les couches ça peut monter à 3718m comme le Teide. 3718m au dessus de la mer, mais si on compte depuis le plateau océanique, c’est beaucoup plus. Le Mauna Kena à Hawaï qui culmine à 4207m est plus haut que l’Everest si on compte sa partie immergée. Les volcans, c’est vraiment le top niveau !

Pierrot, parle-nous de ces rochers de toutes les couleurs, c’est trop beau.

Je parlais de couches, tout à l’heure. Et bien chaque couche a une couleur particulière parce que chaque couche est différente. Elle est dure ou friable. Le basalte est vraiment dur et très massique. J’ai tapé dessus avec un marteau et ça a fait un bruit sec et aigu, ding, le marteau a rebondi mais le basalte n’a pas bronché. DUR ! La roche est grise très foncé, presque noir, mais tous les gris existent. Ce qui est drôle avec le basalte, c’est la structure cristalline quand il se refroidi, quelques fois il se forme des colonnes hexagonales très jolies. A Porto Santo on en a photographié une typique. Avec du basalte, on peut faire des églises, des voies ferrées ou de la laine de roche, pratique, non ?

Et puis il y a toutes sortes de roches volcaniques qui ont des couleurs absolument superbes. Le plus connu, c’est le jaune, signe de soufre. Les fumeroles des volcans en activité sont souvent tellement chargées en soufre que ça sent fort (ça pue l’œuf pourri, le H2S). On voit même la couleur des gaz et les traces jaunes sur le sol du sommet du Teide à Ténérife.

Les couleurs remarquables et relativement communes sont les ocres, bruns, rouges et oranges. Ce sont des roches contenant du fer. Les formules chimiques des pierres sont longues comme le bras et ont des noms à coucher dehors. Il y a du silicium, de l’aluminium, de l’oxygène, sodium et bien sûr plein d’autres trucs. Vive la chimie. La couleur varie en fonction du taux de fer, de la chaleur du magma de départ sous la terre, du taux d’humidité de la roche, des réactions chimiques dans le magma… Mais en plus, quand il sort à l’air libre, le petit caillou s’amuse aussi à se modifier. Un volcanologue peut, en regardant une surface recouverte de lave, dire si la coulée date du siècle dernier ou de plusieurs milliers d’années. Le fer s’oxyde et change de couleur, il vire du clair au foncé avec le temps. La roche rouille. Un volcan, c’est des milliers de coulées différentes les unes des autres qui se chevauchent et s’amoncelles, le volcanologue vit sur une palette de couleur absolument splendide.

Le touriste aussi peut observer des endroits caractéristiques où plusieurs couleurs « se sont amusées » à se placer à côté les unes des autres. A Gran Canaria, Los Azulejos (les carrelages) subjuguent les yeux avec les oxydes métalliques, cobalt bleu, cuivre bleu ou vert, chrome vert rouge ou jaune, nickel brun gris ou verdâtre, manganèse brun ou violet. Quelques fois des falaises entières sont mises à nues par l’érosion et on peut découvrir ce mille-feuille qui nous parle du passé et de la constitution de chaque volcan. La plus spectaculaire est sans doute la muraille à Valle Gran Rey sur La Gomera, surplombant une plage de sable fin et noir. Très très beau ! Egalement le long de la route près de San Sabastian de la Gomera, Loana Florence et moi avons tellement aimé cet endroit que nous nous sommes arrêté à chacun de nos passages lors de nos visites de l’île. Chaque heure du jour, chaque orientation des rayons lumineux offre une vision différente, des couleurs différentes de ce morceau de falaise et des barrancos qui lui font face.

C’est quoi un barranco, Pierrot ?

Barranco veut dire ravine en espagnol. C’est le signe de l’usure d’un volcan. La structure en cône, comme le Teide ou les jolis petits volcans du parc national de Timanfaya à Lanzarote est signe d’un volcan « jeune ». Les coulées de lave se voient bien, elles sont recouvertes ou non de cendres, de débris, on dirait un tas de sable déposé par un camion pour faire des travaux.

Mais avec le temps, les femmes comme les volcans prennent des rides (oups, là ça va réagir…). Les millions d’années de pluie et de vent usent la surface. Les zones dures (basalte) restent, les zones friables sont emportées. Il reste une conformation de terrain absolument typique en ravine (barranco) où l’on distingue les couches agglutinées les unes sur les autres. A Lanzarote, Fuerteventura et sur tous les versants sud et est des autres îles, l’absence presque totale de terre végétale, d’arbres et même d’arbustes laisse voir la roche. Sur les versants nord et ouest de Gran Canaria, Ténérife et La Gomera, on peut trouver des forêts primaires de lauriers, des palmiers, des cactus, des fougères, mais les

pentes des barrancos sont tellement abruptes que la structure des volcans est toujours visible. La pente est de 45° au minimum et souvent presque verticale quand les falaises sont riches en basalte. Malgré la pente, les hommes y ont cultivé la banane sur des terrasses. Ils sont fous ces canariens.


Voilà ce que je voulais dire sur les volcans, ces créations naturelles exceptionnelles. J’ai écrit ce long blog pour vous, mais aussi pour moi, pour fixer ce que j’ai vu, non seulement avec les merveilleuses photos de Florence mais aussi avec les données glanées sur internet, wikipedia et autres, également avec un livre que m’a prêté Thomas, rencontré à Gran Canaria, qui habite et a une voilerie à la Gomera, passionné de volcanisme.

Merci à tous.

P.


Le livre:

Los volcanes de las islas canarias, Juan Carlos Carracedo, editorial Ruedo S.L


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