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Martinique 2 " Faune, flore et agriculture".

29 févriyé 2024 Néphyla est au sol, sur l’aire de carénage, Le Marin, Martinique, France.

Les tropiques c’est plein de bêtes qui piquent ! En tout cas, c’est l’idée qu’on en a. Pour ce qu’on a vu de la Martinique, ce n’est pas faux. Je me suis fait piquer au port du Marin tous les jours par les moustiques et plus surprenant encore, Florence c’est faite piquer, alors qu’en France, jamais ça n’est arrivé. Par rapport aux Canaries qui ont un climat super sec, ici c’est tellement humide que c’est évident. Jean-Mi et Sandra ont même contracté la Dengue à l’arrivée de leur transat. Ça les a bien fatigués une grosse semaine. Comme dit Jmi, c’est dingue !

S’il y a des moustiques, il y a des oiseaux. Et on retrouve des petits volatiles presque comme chez nous, des rouges-gorges, des merles. Il y en a des tout-petits, très coquins, qui mangent les fruits qu’on suspend à l’arrière du bateau dans les filets, des avec un long bec qui volent sur place et même en arrière, les colibris, des plus gros qui chassent les poissons, les frégates qu’on appelle ici macaris. Dans les branchages si on prend le temps de s’arrêter et de regarder, il sort assez rapidement des petits lézards « analis zandolli » tout mignons. Juste à côté, si on observe bien et qu’on n’a pas peur, il apparaît des caribena versicolor (mygales, oups !!)

 Fuyons vers la plage pour faire un plouf et nager avec les tortues « imbriquées » dont Florence a fait un petit film. Elles mangent les algues au fond de l’eau par 4 ou 5 m et remontent à la surface respirer deux fois et hop, au fond pour une ou deux minutes. Très joli, peace and love.

Près de la plage, dans la mangrove, des centaines de touloulous, des crabes rouges, se nichent au fond de trous qu’ils creusent entre les racines des palétuviers. Les derniers animaux dont je voudrais parler, mais que je n’aurais jamais du voir, ils ont des habitudes nocturnes, ce sont les manicous, des opossums que les voitures finiront par exterminer comme on l’a fait chez nous des hérissons.

On ne peut parler de la Martinique sans évoquer la végétation. C’est une île tropicale. Température entre 29 et 34°C durant notre séjour, de la pluie quasi tous les jours même si « ils » appellent ça la saison sèche, le carême. Cela veut dire qu’en d’autres saisons, il pleut beaucoup, beaucoup ! La végétation suit donc les possibilités maximum : soleil, eau, chaleur, sol riche alors la luxuriance est partout. Donc poussent ici des bananiers, de la canne à sucre (deux principales ressources de l’île avec le tourisme bien sûr), des cocotiers mais aussi plein de sortes d’arbres, arbustes, plantes, mousses, lianes, champignons, etc. de la variété à tous les étages. J’ai lu il y a quelques années un livre spécialisé qui disait que dans nos forêts on dénombre 40 espèces différentes par m². Dans les tropiques, en milieu sauvage, on en dénombre entre 2000 et 4000. Les photos que Florence a prises dans les différents jardins botaniques et pendant nos balades en forêt sont là pour prouver que la végétation y est développée en nombre et en variété.

Que dire des fleurs ? Et bien des exemples parmi d’autres, mais qui sont si remarquables à nos yeux. En premier, la rose de porcelaine, chère à Florence qui l’a dessinée il y a un an déjà, sur la première page de son cahier ; des fleurs, il y en a des milliers, toutes plus belles les unes que les autres, à chaque hauteur de la forêt ou des jardins. Le balisier, qui pousse ici comme du chiendent dans les fossés et les bords de route, fait des fleurs magnifiques, le bougainvillier de toutes les couleurs, importé du Brésil, le tulipier du Congo, arbre imposant de 15 à 20m de haut pour les plus grands, orné de fleur rouge-orangé comme les plus beaux arbustes de chez nous, les flamboyants originaires de Madagascar qui chatoient devant les maisons, etc.

On remarque aussi les palmiers dont il y a beaucoup de sortes (2500 espèces), pas seulement dans les jardins botaniques, mais aussi en vrai dans la campagne, sur les plages, devant les maisons. Bien entendu, le cocotier est un palmier. Miam miam !

Autre arbre très intéressant, l’arbre à pain. Importé dans les caraïbes pour nourrir les esclaves, il a été ramené de Tahiti par un certain Capitaine Blythe, celui qui a fait révolter ceux de la Bounty. On a goûté et vraiment aimé. C’est comme une pomme de terre, mais qui pousse dans les arbres, trop cool, pas besoin de bêcher !

Danger !! Le mancenillier. Arbre en apparence comme les autres, ce quasi-pommier est toxique. Son fruit est toxique, ses feuilles, son écorce… Je ne parle pas de toxicité seulement par ingestion mais aussi simplement par contact. Il ne faut même pas rester dessous quand il pleut, les gouttes qui en tombent sont gavées de jus acide très corrosif qui provoque de graves brûlures. Les locaux savent le reconnaitre, les gens comme nous doivent juste remarquer que ces arbres sont signalés d’une bande de peinture rouge qui entoure le tronc. On en trouve aussi dans les mangroves (zones humides marécageuses qui bordent les côtes) aux côtés des palétuviers rouges qui laissent tomber leurs excroissances dans la terre de manière si caractéristique.

Pour comprendre la Martinique, il est indispensable d’avoir une idée de son agriculture, passée et présente. Grâce à leur découverte et à leur possession, les îles des caraïbes ont donné la possibilité aux royaumes européens de produire (à peu de frais) des cultures tropicales : canne à sucre, cacao, café, coton, noix de coco, vanille, cochenille (colorant rouge), banane.

 La canne à sucre a été à l’origine du développement de l’esclavage. Il fallait une main d’œuvre nombreuse, les machines agricoles n’existaient alors pas. Merci au pétrole et aux machines d’avoir permis l’éradication des travaux pénibles. Oups… il parait qu’il reste 2 ou 3 milliards d’humains qui triment encore dans les champs… n’allons pas trop vite avec les raisonnements simplistes.

L’Europe connait le sucre depuis le VIIIème siècle mais les habitudes « bourgeoises » augmentent la demande à partir du XIIIème siècle. Jusqu’à la prise de Constantinople, le sucre venait d’Orient en grande majorité et un tout petit peu de Chypre et du sud de l’Espagne. L’Europe doit donc trouver une autre source de production. Grâce à la découverte des Canaries puis du Nouveau Monde, la culture s’étend, notamment au Brésil avec Fernando de Noronha, un portugais juif converti.

En 1635, les « engagés » bretons et normands ne sont chargés que de produire du coton et du tabac. En 1658, des juifs hollandais qui aident les colons français dans une bataille contre les Caraïbes offrent des plants de canne. Puis, en 1674, les plantations du Brésil qui progressaient en nombre (grâce à la main d’œuvre d’esclaves venus d’Afrique) virent les juifs de leurs terres. Deux navires chargés de « colons » juifs, d’esclaves et de plants de canne, arrivent en Martinique et se mettent à l’ouvrage. 10 ans plus tard, en 1684, les juifs sont de nouveaux expatriés cette fois par la France mais restent les plants, les esclaves et le système de commerce triangulaire très lucratif. Cela explique l’article 1 du « Code noir » qui dégage les juifs des colonies françaises. J’avais pris cet article en première lecture pour du racisme… rire. Depuis, la canne à sucre est cultivée en Martinique. Elle représente aujourd’hui 50% des terres agricoles (la banane 15%). Entre 70 et 80% du sucre mondial vient de la canne. La production de sucre grâce aux betteraves (promue par Napoléon) reste minoritaire, sauf en France.

Les « habitations » de Martinique ne produisent pas que du sucre en tant que tel mais aussi du rhum ! On a goûté, c’est bon. Pour ceux qui savent comment on fait du Cognac, et bien c’est pareil pour la partie « alcool » à la différence près de la double distillation ( !). Pour la qualité supérieure, on met ça dans des tonneaux de chez Seguin Moreau en chêne du Limousin pour colorer et donner du tanin. Bref, tout comme le Cognac.

 En Martinique, il y a aussi la banane. Comme la canne, la plante est connue et cultivée dans de nombreux pays chaud et humides. Il y en a 300 sortes comestibles, 150 desserts et 150 à cuire, plantin et autres. La grande majorité est cultivée pour nourrir les hommes, banane à cuire (Inde).

Nos bananes dessert en Europe viennent à 80% de l’Amérique du nord et 15% seulement de Guadeloupe et Martinique. Nous en avons goûté pour vous : La Cavendish est la plus connue et peu goûtue. C’est elle qu’on trouve en supermarché. Mais ici en Martinique et sur les étals des Canaries et du Cap-Vert, on en trouve de toutes sortes qui viennent des jardins locaux, notamment la Freycinette, une absolue supériorité de goût et une merveilleuse conservation à la chaleur suspendue dans les filets de Néphyla.

Reste trois lignes pour vous parler du cacao. Après avoir pris quelques fèves extraites de la cabosse (fruit jaune qui pend de l’arbre), les avoir fait torréfier dans un faitout pendant 15mn, nous nous sommes essayés à broyer le cacao dans un tronc d’arbre évidé avec un immense pilon qu’on tient à deux mains. Il faut respecter un rythme soutenu mais pas trop, en musique, on dirait « vivace, ma non tropo ». Et au bout d’un moment, strictement égal au temps que met un canon à refroidir, la pâte créée colle au pilon. Il est temps de la sortir du fût, de la rouler dans une feuille de bananier (côté qui ne colle pas !) et d’en faire un petit cylindre qui se conserve à température ambiante (30°C…, je sais, vous êtes jaloux de la température, je vous taquine). On a donc du cacao. Si on veut un bon chocolat, il faut faire mijoter du lait, ajouter sucre, de la vanille, de la cannelle, dans un pot à part avec un peu de lait froid et du jus de citron, râper le Baton Kako, mélanger et incorporer le tout. On mange avec une brioche et du beurre.


Alors finalement le sucre vient de l’esclavage.

Oui, et plus tard la banane, même si dans ce cas, on ne parle pas d’esclavage, les conditions de travail ont quelques fois des similitudes troublantes…

-  Il est temps de clore, déconne pas Pierrot…



A suivre bientôt :

Martinique 3 « Terre d’esclavage, de culture et de métissage ».


P&F

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