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  • Photo du rédacteurduoceaniquenephyla

Escale en Atlantique à Cabo Verde

01 janvier 2024, Néphyla est au ponton de Mindelo, île de Sao Vincente, au Cap Vert.

Chaque fois que je commence un blog, il y a toujours cette phrase Néphyla est au ponton… blablabla. Arrivé à Gijon après la première traversée de mon premier golfe de Gascogne, j’étais tellement content, tellement fier, de changer de pays, de vivre en mer 2 jours, le golfe, sans blague, le Golfe, quand même ! Une fois à Porto Santo après 4 jours de mer, je croyais avoir atteint un des buts du bon voyageur en voilier parti de La rochelle. C’était vrai, bon sang de bois dur, c’était fichtrement vrai. Mais là, avouez que Mindelo au Cap vert, ça le fait !! J’intitulai un jour A Coroña, un des coins du monde. C’était vrai. Mais quand même, si Mindelo n’est pas un coin, c’est sans doute un des centres.

Comme à Gijon ou A Coroña, le port est en pleine ville. Comme à San Sebastian de la Gomera, cette ville est à taille humaine. Comme dans toutes nos dernières escales, le paysage alentour est volcanique, donc titanesque, gigantesque, époustouflant. Comme à Porto Santo, les voyageurs à voile sont réunis dans un bistro qui les met un peu à part de la population, ce qui peut être regrettable d’un certain côté, mais qui présente l’avantage de réunir en un lieu unique tous les capitaines, les équipiers, les bateaux stoppeurs, ceux qui partent, ceux qui arrivent et ceux qui manifestement ne partirons jamais. Et d’abord partir pour où ?

Mais pour la transat, Cornandieu de Puisangrin !

Le milieu du monde des voileux de l’Atlantique est à Mindelo. Ok Pierrot, et après ? Concrètement, ça t’apporte quoi ?

On rencontre plein de gens qu’on a déjà croisés ici ou là et ça c’est chouette, de revoir des gens, de parler de nos trajets passés et futurs, de comparer nos petites aventures (ou nos grosses catastrophes, ça arrive quelques fois, la voile transatlantique n’est pas un sport de canapé, déjà dit). Le plus drôle c’est que ça n’arrive pas qu’à nous. Il suffit de rester au « Floating Bar » deux heures durant (pour choper le wifi) et on observe deux nouveaux arrivants qui sautent de joie en revoyant leurs connaissances qui buvaient un coup juste à la table d’à côté, déjà vues aux Canaries, à Madère ou aux Açores.

Et ils parlent quoi les Capverdiens ?

Pfff, ils parlent portugais et surtout créole entre eux, à la maison. On essaye bien de causer un peu local, mais c’est dur, oui dur dur ! Ils sont par contre hyper gentils, essayent de rendre service même si on n’a pas de langue commune. Quelques uns (unes) parlent le français, appris à l’école.

Et dis-moi, Pierrot, Mindelo et le Cap Vert, ce n’est pas en Afrique, ça ?

Bien oui, c’est pour ça que c’est le centre du monde. L’Afrique est au milieu de la planète, n’en déplaise aux européens, aux états-uniens, aux chinois, aux indiens, aux brésiliens, etc. Bon, il faut préciser que le Capo Verde est un archipel de 10 îles au large du Sénégal, c’est le milieu du monde de la voile, pas de l’Afrique.

L’Afrique, ça se présente comment au Cap Vert ?

Tout d’ abord ici à Mindelo, la tête de gondole, c’est Cesaria Evora, l’unique personne capverdienne connue dans le monde. Souvenez-vous de « Sodade », petit pays, je t’aime beaucoup, petit, petit, je t’aime beaucoup… La musique du fado revisitée à la mode africaine. Très réussi, un chant doux, sans artifice dans la voix, un rythme prononcé ni assourdissant, ni prépondérant, un équilibre entre mélodie, rythme et paroles incompréhensibles qui nous font nous évader au bout de quelques notes dans un rêve éveillé langoureux et suave.

L’Afrique ici, c’est le dépaysement d’une population jeune. Des centaines d’enfants le premier janvier qui jouent dans un square. Des centaines d’enfants entre 1 et 6 ans (avec leurs parents et frères et sœurs bien entendu). Quand avez-vous vu des centaines d’enfants de cet âge là ? Jamais, sauf en Inde et donc bien sûr en Afrique continentale.

Le soir de notre arrivée, le 31 décembre 2023, on a marché dans un carré de 250m de côté en face du port pour vivre le feu d’artifice et la fête avec les locaux. Il y avait au moins autant de monde que pour la foire à l’ail du 11 novembre de Montendre dans ma jeunesse. La prise en main d’un territoire ne se fait pas en une soirée, là nous avons eu la cerise avant de connaître le goût du gâteau. En plus pour ne rien gâcher de la soirée, nous avons un peu éclusé avec nos bateaux copains. C’était un gâteau au rhum…. On est restés baba.

L’Afrique ce sont les odeurs des moteurs qui brûlent du carburant mal raffiné, on se croirait en Hongrie ou en Tchécoslovaquie d’avant la chute du mur de Berlin, la même odeur d’échappements ; C’est une rue goudronnée et toutes les autres pavées de blocs de basalte, le truc le plus facile à trouver ici ; Ce sont les chiens errants partout qui se promènent sans maître, qui jouent et dorment ; Ce sont des restaurants avec des blancs et des fast-foods avec des blacks ; C’est du street art partout, quand une maison n’est pas peinte d’une couleur vive, elle se pare de dessins très beaux ; Ce sont des manières de transporter la nourriture (sur la tête !!!) avec un panier en osier ; ce sont des fruits et légumes qui n’ont pas de noms connus (et qui resteront inconnus, le portugais, toujours le portugais…) ; Ce sont les 3 pêcheurs qui tirent le filet à la main depuis la plage pour en sortir le poisson qu’ils jettent ensuite dans un bateau…

Quel choc. Nous vivons dans un monde presque parfait du point de vue des ressources mises à notre disposition dans notre pays et nos compatriotes ne le savent pas. Ils croient même quelques fois être dans un enfer. Ici, ce n’est pas l’enfer, c’est un autre paradis que le notre.

A Mindelo, sur l’île de Sao Vincente, ce sont sans doute des centaines d’autres petites choses qui différencient Cabo Verde des autres pays du monde, mais il faudrait y passer plus de temps pour en saisir toute la richesse, mais la transat nous appelle. Pierrot vient sentir les vagues, Pierrot, laisse toi porter par le vent…

Mindelo pour Florence et moi, cela aura été aussi deux bateaux copains, Doo It avec André et Sophie qui font le même trajet que nous, on s’entend bien. Mention spéciale pour Mala qui nous accompagne depuis El Hierro avec deux slovènes, Anton et Vesna. Ils ont la particularité d’avoir déjà fait le tour du monde… et de visiblement continuer sur leur lancée en retraversant l’Atlantique pour la troisième fois.

Anton et Vesna attendent. Vous savez ce qu’ils attendent ? Les paris sont ouverts…

Ils attendent que l’une des huit bouteilles qu’ils ont laissées aux bons soins de Neptune en coupant huit fois l’équateur soit retrouvée et que le découvreur leur renvoi un petit coucou. Poésie maritime quand tu nous tiens.

P&F

Les vagues… le vent… les vagues… le vent…


Et pendant que j'écris Bohème est en mer vers la Martinique. Bravo Jean-Mi et Sandra, encore un petit effort, tout petit ! Nous allons prendre la relève Florence et moi et dès que j'aurais cliqué, nous partirons pour la transat, histoire de bien dire à Neptune qu'il y a toujours l'un de nous sur l'eau,

le vent et les vagues,

le vent et les vagues,

le vent et les vagues...

....

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